La sidération

 

Il y a quelques jours, j’ai lu sur un blog ami un commentaire qui parlait de « sidération ». Et j’ai eu envie de comprendre ce que recouvrait cette appellation. Merci à Karo, aminaute inconnue, de m’avoir incitée à faire cette recherche.

Certes, je ne suis pas psychologue, encore moins philosophe, alors je vais essayer d’en parler avec des mots simples, des mots à moi, et de les relier à des évènements récents auxquels cette notion pourrait donner un nouvel éclairage.

 

La sidération est un phénomène psychologique qui a toujours existé : les psychanalystes parlent d’un moment où le sujet est happé par une sorte de trou noir. Comme un arrêt du temps qui fige la personne dans une blessure psychologique traumatique, au point que les émotions semblent pratiquement absentes. Rien à voir avec l’expression de ceux qui disent   «  je suis scotché »  bien que ce soit dans le même esprit. Avec en plus une culpabilité irrationnelle et une  « sidération » qui enferment dans le silence et l’incapacité de dire l’épouvante.

En fait, la sidération est un blocage total qui protège de la souffrance en s’en distanciant et en la bloquant

Il arrive que le choc psychologique réactualise une blessure ancienne liée à l’enfance. De là, il est facile de faire le lien avec l’idée que certains ont un « profil de victime » qui attire l’agresseur.

 

Cet état de sidération est bien connu, entre autres, des médecins qui doivent prendre en charge toute personne qui vient d’être victime d’agression sexuelle, d’inceste ou de viol. Ces spécialistes savent que le traumatisme a des effets à court, moyen et long terme, différents selon le fonctionnement de chacun. Et ils parlent :

* d’un état de stress intense qui peut durer plusieurs heures,  et va se manifester par cet état de sidération anxieuse, qui n’est autre que le mécanisme de défense archaïque de camouflage dans un milieu naturel, ou d’un état d’agitation inadaptée

* avec une verbalisation souvent difficile, voire impossible.

* dans un comportement de repli sur soi avec des pleurs et de l’angoisse, pouvant aller jusqu’à des tremblements ou des vomissements.

* avec une culpabilité omniprésente

* avec une impression de souillure pas toujours spontanée mais conséquente

* et parfois un sentiment de honte.

 

Tout cela me renvoie à ce qui a pu se passer un certain  jour de mai 2011 dans la chambre 2106 d’un Sofitel de Manhattan.

 

A propos de la femme de chambre

On a parlé de cette heure qu’elle a passée, seule, après qu’elle ait quitté la chambre 2806. Les médias, une fois de plus, ont raconté, démenti, ré-expliqué, démenti à nouveau, comme ils le font souvent sans vérifier leurs sources. Certains en ont profité pour affirmer qu’elle avait profité de ce moment pour organiser les suites d’un guet-apens qu’elle aurait elle-même préparé.

Et si elle avait été submergée par ce sentiment de sidération,  et traversée par le repli sur soi caractéristique de cet état ?

On ne saura jamais ce qui s’est réellement passé dans cette chambre …. bien que le Rapport du Procureur fasse état  « d’un rapport non consenti ». Le monsieur en question est « présumé innocent ». Mais quel est donc l’article du Code qui défend une « présumée victime » ?

 

Et la sidération dans  les médias ?

Oui, elle est évidente : stupéfaction ! stupeur ! coup de massue ! …. « sidération », le mot a même été employé par eux.

… Mot qui n’a pas été entendu lors de l’effondrement des tours de Manhattan, ni même pour le tremblement de terre et le tsunami qui ont détruit une centrale nucléaire à Fukushima : c’était des choses qui pouvaient arriver !

 

La sidération chez les amis du Monsieur concerné  ?

Bien sûr ! … Mêmes réactions chez eux. Ils ne pouvaient y croire. Et pour reprendre les mots du pédagogue Philippe Meirieu : dans ce cas, on a une « attitude qui empêche d’avoir la moindre distance réflexive à l’égard de ce qu’on voit »

Tel Icare, mort d’avoir voulu voler trop près du soleil, le candidat autrefois idolâtré était tombé. Pour eux, c’était impossible. Pas celui en qui on avait mis tous ses espoirs ! Totale incapacité à admettre l’information, tant elle remettait en question ce qu’ils s’étaient construit dans leur tête. Ils auraient voulu … Ils auraient aimé  … Ils auraient souhaité … Et ils refusaient de croire. Pour ne pas souffrir. Ils parlaient même de complot …. Le chef de l’état, la Russie, le FMI, la CIA, … tout y a passé. Il  FALLAIT que leur dieu n’ait pas pu faire ça !

Et encore aujourd’hui, certains Français ont du mal à le croire. Seul, le temps aidera à ce que chacun puisse accepter une réalité trop violente.

 

La sidération chez le Monsieur lui-même ?

Oui, probablement. Et on peut le comprendre chez un homme qui a tenu les rênes du monde dans les mains. Sidéré qu’une telle histoire soit portée en place publique et envahisse tous les « petits écrans ».

Depuis, il s’est ressaisi. Il a été libéré, a regagné la France et a pu parler devant 14 millions de Français, dans un discours télévisé, il y a un mois, où chaque mot, chaque geste, chaque froncement de sourcils avait été longuement préparé et étudié par une armada de conseillers en communication. L’astrologie dit qu’un ascendant Lion n’aime pas vraiment  être contredit ou humilié.

 

Et la sidération chez Tristane Banon ?

Beaucoup, aujourd’hui, s’interrogent sur sa crédibilité avec des commentaires parfois remplis de hargne et de certitudes !

Mais la triste Anne-Caroline, devenue volontairement Tristane pour casser une longue lignée de jeunes femmes portant toutes le prénom Anne (sa mère iranienne, naturalisée en 1966,  s’appelle Anne-Mansoureh Riahi),   a un thème très parlant :

 

Sa dissonance natale Soleil opposé Neptune ne l’aide pas : son image est brouillée, et elle-même a peut-être du mal à savoir qui elle est vraiment. Insaisissable, installée dans une réalité subjective à laquelle les autres n’ont pas accès, elle se sent incomprise. Mal perçue. Et c’est vrai qu’elle n’est pas crue : Elle a attendu trop longtemps pour parler, disent les uns ! Elle s’est montrée légèrement vêtue chez Ardisson et trop souriante, disent les autres  … sans penser qu’il y a des victimes qui rient et sourient pour se couper de la violence de la douleur intérieure ressentie  …

En fait, elle s’est construite seule, en surmontant ses handicaps affectifs et l’absence de son père : cette opposition d’ailleurs signe aussi la difficulté à percevoir l’Homme. Fille reconnue de Gabriel B., marocain de confession juive (d’abord conseiller de Pompidou, puis en 1993 conseiller économique et politique de Yasser Arafat, enfin en 2005 conseiller économique de Vladimir Poutine), elle grandira sans lui.

Toutefois, Pluton, en aspects harmoniques à l’opposition, devient l’échappatoire de la dissonance : en Balance, signe de l’équilibre et de la justice, et dans sa maison 10, il peut la rendre capable de surmonter les obstacles.

 

Une Lune Verseau également, très indépendante, plutôt dissonante dans le thème, et qui la fait apparaître comme détachée des affects.

 

Un Mercure en Cancer qui peut lui donner une certaine naïveté … Mais, même connaissant la réputation du monsieur, comment croire qu’étant la filleule de l’ex-épouse, et donc ayant été connue enfant  par le « grand homme », celui-ci pouvait enfreindre les règles élémentaires de la décence ?

 

Et puis ce carré entre Vénus et Saturne, qui signe une blessure narcissique archaïque, une non-reconnaissance par l’entourage de sa valeur en tant qu’enfant !

 

En ce jour de février 2003 :

(rappel de ce que j’écrivais déjà le 18 juillet 2011)

* un transit de Mars Pluton (l’agression) sur Neptune natal (déstabilisation  sur un mode violent ?)

* Saturne rétrograde pile sur le Soleil natal (sentiment d’impuissance ?)

* Saturne opposé à Neptune natal (clivage douloureux entre ses rêves et la réalité – d’où un sentiment de frustration)

* Soleil / Uranus opposé à la Lune Noire moyenne

* la Lune Noire transite la maison 4 à l’opposition (large) de Pluton natal.

* Mars transite au carré de l’axe des Nœuds (et peut signer un trouble important dans le comportement sexuel habituel)

 

Aujourd’hui, on lui reproche de ne pas avoir parlé plus tôt. Mais le pouvait-elle ? Seule, à 22 ans, déconseillée d’agir, ses chances d’être entendue étaient quasiment inexistantes.

Pourtant, en 2003, quinze jours après les faits, elle a rencontré Philippe Vandel, alors journaliste à VSD. Il a confirmé depuis, dans le journal Le Monde, qu’il avait à cette époque convenu avec Tristane Banon et son rédacteur en chef, de faire un article en cas de dépôt de plainte.

De son côté, Olivia Cattan, présidente de l’Association Paroles de Femmes, se souvient avoir été présente lorsque la jeune femme a évoqué cette journée devant des journalistes. Elle lui avait alors conseillé de porter plainte. Mais elle avait senti que cette dernière avait peur. Les deux femmes étaient encore ensemble, le 24 septembre 2011, lors d’une manifestation place du Chatelet à Paris.

En 2006, dans une émission culturelle sur France 4, la jeune femme réitère … en parlant d’un  homme politique  « ancien ministre des Finances ». C’est son éditeur cette fois, qui la dissuade de porter plainte

En 2007, dans l’émission de Thierry Ardisson, elle parle « du chimpanzé en rut » Le nom du monsieur est bipé, même si les invités de l’émission ont tous compris de qui elle parle … Un monsieur d’ailleurs qui n’a pas porté plainte pour dénonciation calomnieuse. Alors qu’il aurait fait intervenir ses communicants pour faire pression, chaque fois que cette histoire risquait d’être de nouveau évoquée ?

En 2008 encore, dans une nouvelle interview, elle se dit « choquée par cette sorte d’omerta généralisée dans la presse ».

En 2011, lors de son apparition télévisée au journal de 20 heures, récemment, elle s’est montrée juste et vraie, en exprimant clairement son expérience. Bien que critiquée par certains, elle est apparue comme quelqu’un qui avait envie de réunifier des parties morcelées d’elle-même.

Alors ?

* Dramatise-t-elle outre mesure une drague un peu trop osée ?

* Profite-t-elle de la médiatisation à outrance de l’affaire du Sofitel pour être enfin entendue ?

* Est-elle manipulée ?

* Veut-elle relancer une carrière qui est au point mort ?

* Veut-elle réparer à travers cette histoire sa souffrance de petite fille et  régler un problème de reconnaissance paternelle et retrouver une mère ?

Tout est possible, y compris un déroulement qui, malheureusement, à la vu du thème et des transits, paraît malheureusement crédible. Alors, oui, elle peut mentir, mais si elle ne ment pas, son comportement n’a rien d’anormal.

Huit années ont passé, le temps qu’a mis Saturne pour transiter des Gémeaux à la Balance, réactivant son trigone Soleil Pluton en Balance, qui réclame que justice soit faite pour tenter de se reconstruire.

Et le transit actuel de Saturne sur son Pluton est un fort désir de reconstruction de son image personnelle ! une  reconstruction qui passe obligatoirement par une reconnaissance de la Justice et du Droit. Mais ça, c’est une autre histoire. La Fontaine est toujours d’actualité.  « Que vous soyez puissant ou misérable … » ; et la jeune femme risque bien de finir lynchée sur la place médiatique.

 

*********

 

Au-delà de cette notion de « sidération », on constate que, malgré une soi-disant évolution des mentalités et une soi-disant libération des mœurs, les viols et les agressions sexuelles à l’égard des femmes restent un tabou en France.

Dans certains pays occidentaux, au début du 20ème siècle, elles pouvaient être internées d’office.

Pire : dans certaines cultures (plus arriérées nous dit-on) les femmes violées ou même simplement supposées l’être, peuvent être répudiées, voire fouettées ou lapidées.

 

Alors, quelle que soit l’issue des procès en cours, puissent ces évènements faire avancer la situation et changer les mentalités. On peut le penser avec la présence de Pluton en Capricorne qui vient déterrer, les uns après les autres, certains grands scandales étouffés pendant si longtemps ! …  pour qu’enfin, les victimes puissent s’exprimer au lieu d’être obligées d’anesthésier leur souffrance, et qu’en s’exprimant, leur blessure soit porteuse de libération.

 

Je voudrais juste terminer avec une pensée pour ce formidable écrivain et homme politique espagnol, qu’était Jorge Semprun, qui vient de mourir en juin de cette année. Après des études au lycée Henri IV à Paris, un 2ème prix de philosophie au Concours Général en 1941, il s’engage dans la Résistance. Déporté en 1943 à Buchenwald et survivant des camps, il a attendu presqu’un demi-siècle pour écrire ce que lui-même a défini d’  « indicible ».

 

A quelques heures de la Pleine Lune

Jacqueline  –   ce  11  octobre 2011

 

 

 

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